Analyse Artiste/Œuvres

Grâce au couple fondateur Claude et France Namy, la Chapelle de la Tour Templière du Château de Montricoux est métamorphosée en musée, ouverte au public et au regard, depuis 1983. Aussi, mariée au Château de Montricoux, épousant son architecture et son histoire, cette Chapelle Templière s’en distingue aussi, celle-ci révèle un espace singulier, une identité muséale particulière, exceptionnelle, rarissime et mérite bien sa dénomination depuis 2020 : Musée Chapelle Templière 12e13e.

Aussi, l’objet de cette présente étude accompagnant la visite du musée est de remémorer l’histoire générale de la chapelle, d’en révéler les grandes dates, les grandes lignes, afin que le regardeur puisse appréhender et savourer ce joyau hors-norme, fabuleux, mythique. Dès lors, saluons l’article général mais efficient de l’érudit Devals sur l’histoire du Château de Montricoux ainsi que celle de la Tour dont les historiens et nous-mêmes sont tributaires et redevables. Aussi, nous recommandons et célébrons les recherches charnières, essentielles, vitales, initiées par Christine Kudlikovsky et Yoan Mattalia. Christine Kudlikovsky est l’auteure d’un mémoire. Yoan Mattalia se révèle brillant spécialiste, archéologue, auteur d’une thèse de doctorat de référence incontournable, ce dernier traite notamment des établissements templiers en Midi Quercy dont la Tour de Montricoux. Et ceux-ci éclairent la Tour et la Chapelle, de leurs savoirs, de leurs sciences incomparables. Et ainsi guidés par leurs précieuses recherches, nous pouvons désormais appréhender le temps fascinant des chevaliers Templiers[1].

Au cœur de l’histoire de la naissance de la commune de Montricoux la Tour ainsi que la Chapelle des Templiers brillent et resplendissent en tant que joyaux fondateurs et centraux. Aussi, avant toute chose, soulignons quelques lignes de contexte. Au cœur de Montricoux, la magie et l’enchantement surgissent. Le patronyme unique même de Montricoux, éveille une merveilleuse poétique, une féerie auréolée d’énigmatique et de mystères… La situation dominante de cette commune, élevée sur une hauteur rocheuse, explicite sa désignation, l’appellation de Mormacus puis Mormac au XIIe siècle et celle romane de Montricos au XIIIe siècle, signifiant mont rude, âpre, rigoureux. Dès les temps paléolithiques, le territoire de Montricoux est habité. A l’époque gauloise, au temps de Jules César, de la Gaule romaine, les Caduques, fidèles alliés de Vercingétorix, occupent la région du Bas-Quercy. Le 30 Mars 767, lors de son pèlerinage à Saint-Antonin, Pépin-Le-Bref donne notamment le prieuré Saint Pierre, Prince des apôtres, Mormacus ainsi que l’ensemble de leurs possessions au Monastère de Saint-Antonin en guise de remerciement à Dieu du succès de ses armes.

À la suite de la donation de l’église paroissiale Saint-Pierre à la domus de Vaour par le chapitre de la collégiale régulière de Saint Antonin le 14 mai 1181, dans la deuxième moitié du XIIe siècle ou bien dans le courant de la première moitié du XIIIe siècle, les frères Templiers édifient leur tour afin d’abriter leur communauté religieuse à côté de l’église Saint-Pierre et influent un bourg, nous apprend Yoan Mattalia. La fondation de la maison religieuse de Montricoux témoigne de la politique d’implantation de l’ordre sur le territoire, remarque Yoan Mattalia. L’archéologie se substitue aux sources écrites qui apparaissent silencieuses sur la construction de la tour. Yoan Mattalia décrit avec beaucoup de précisions le monument. L’édifice monumental s’apparente au parti-pris de la maison-mère Vaour et il opte une forme rectangulaire. Le bâtiment comporte cinq niveaux. Un moyen appareil de calcaire froid taillé en éclats conforte l’homogénéité de la construction rehaussée par l’utilisation de grés pour les claveaux des arcs de couvrement de certaines portes. Les murs sont scandés de contreforts. A l’angle Nord-Ouest, se situe une cage d’escalier hors d’œuvre qui renferme un escalier en vis. Le premier niveau de la tour recueille une chapelle. La pièce mesure 8,20 m de longueur, 5 m de largeur et une voûte en berceau brisé culmine à une hauteur de 7 m 47.  Dans la chapelle, le voûtement témoigne d’une mise en scène de l’espace liturgique, d’une sacralité et des rituels qui s’y déroulent. Ici, la sculpture se substitue aux peintures murales qui s’harmonisent avec le rôle cultuel de l’espace. En effet, sur l’intrados de la voûte, des fragments d’un décor mural subsistent. Ce décor, recensé et daté dans un large XIIIe siècle par les spécialistes, compte parmi les vestiges subsistant de l’œuvre des Templiers dans le Sud-Ouest et la France, il est donc un témoignage d’importance exceptionnel. Ce parti-pris superposé de motifs géométriques ne peut être réalisé dans un but uniquement décoratif et doit révéler une portée symbolique cachée, en effet, ces peintures murales n’ont pas encore dévoilées leurs magies, leurs mystères et leurs secrets. Ces recherches s’inscrivent dans les études sur l’image-objet, la culture visuelle des ordres militaires, celui des Templiers, des moines-soldats appelés aussi chevaliers-ecclésiastiques, la vie régulière, leur spiritualité, leur liturgie, leur conformité et des sources iconographiques, l’iconologie, les sources écrites, en rapport avec les lieux de cultes, les commanderies et les chapelles. Par ailleurs, une armoria est installée dans les murs de la chapelle afin de recevoir les instruments liturgiques ainsi qu’une piscine liturgique afin de pouvoir orchestrer la célébration eucharistique et le déroulement des offices. En outre, une tribune qui revêt une essence sociale permet de recueillir davantage de public et en particulier le commandeur et les chevaliers qui contemplent les cérémonies depuis une place surhaussée. La chapelle incarne un point de jonction incontournable de l’édifice. Le second et troisième niveaux accueillent quant à eux des pièces de plan rectangulaire d’une grande sobriété architecturale, ils sont dévolus probablement à des espaces résidentiels. Et ainsi que le remarque toujours Yoan Mattalia, les communautés religieuses prennent place dans une construction en élévation verticale. Celle-ci relève d’une architecture castrale et cette dernière accueille un lieu de culte sacré avec la chapelle en son cœur au rez-de-chaussée et cette bâtisse témoigne du monachisme militaire. Cette construction répond alors au caractère de la typologie de « l’église-donjon » et réunit le castrum et l’ecclesia. Par le biais de ces bâtiments monumentaux, l’ordre religieux militaire affirme son monachisme dans le paysage, ainsi que le met à l’honneur Yoan Mattalia. En outre, les Templiers édifient peut-être un château à côté de la tour, toutefois, la documentation demeure lacunaire, l’érudit Devals mentionne le château des Templier, le bulletin de Montricoux affirme la construction d’une vaste demeure dénommée château qui suivie celle du donjon. Cependant, il subsiste certaines fondations de la bâtisse primitive médiévale dans les caves. Par ailleurs, ils accolent peut-être également un monastère, là, aucune documentation ne l’atteste. Dès lors, Montricoux acquiert une importance commerciale. La tour des Templier est aussi valorisée et décrite dans l’ouvrage des universitaires en charge de l’ouvrage : L’atlas des châteaux forts en France.

Le vendredi 13 Octobre 1307 signe la fin du règne des Templiers et leur arrestation. L’année 1312, en dépit de l’ordre prononcé, le 22 mars 1312, par le pape Clément V de remettre les biens des Templiers aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, Philippe-le-Bel accorde la seigneurie de Montricoux à Esquieu de Florian, grand traitre des Templiers.

En 1322, le roi Charles-le-Bel, accorde la seigneurie de Montricoux aux Hospitaliers, à cette date, Montricoux devient alors la propriété des Hospitaliers, chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, pendant 10 ans[2].

Le 9 février 1332, la seigneurie de Montricoux entre dans la famille de Caraman. En 1362, avec le Traité de Brétigny, Montricoux devient sous la domination anglaise comme tout le Quercy. En octobre 1368, sous le patriotisme d’Arnaud de Caraman, la population montricounaise se soulève et se libère du joug anglais. La bannière française, défendue par les Caraman, ne cesse plus de flotter sur les tours. A la fin de l’année 1568, a lieu un véritable massacre à Montricoux par les Huguenots. Un incendie ravage le château dit des Templiers, qui livré aux flammes, s’écroule en un monticule de cendres et de ruines, seul le donjon résiste à l’assaut. Le 24 août 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy signale une nouvelle guerre civile, les Calvinistes montalbanais reprennent les hostilités. Le 15 mai 1573, Montauban de nouveau siège à Montricoux. Le 9 juin, l’expédition rentre à Montauban. L’arrivée de Villars tente de sauver Montricoux et la venge et force Montauban à lui rendre les otages le 2 juillet 1573.

Lors de l’année 1616, le 6 juillet, la Châtellenie de Montricoux est alors démembrée du comté de Nègrepelisse et adjugé à Maximilien de Béthune, Duc de Sully et baron de Caussade. En 1627, Montricoux catholique est assaillie. Le 27 juillet 1629, le Prince de Condé, sur ordre du roi, se joint avec 10000 hommes et fait occuper Montricoux. Le sang coule et peu à peu, les protestants perdent. Louis XIII et son armée gagnent la soumission définitive des places protestantes.

Au moment de la liquidation de la succession du Duc Sully, le 10 décembre 1653, Anne de Maurès, dame d’Artigues, gouvernante des châteaux de Loches et de Beaulieu, sous l’autorité du Duc d’Epernon et de Candale, veuve de noble Amanieu de Malartic et sa sœur Marie achètent la seigneurie à François de Béthune, Comte d’Orval.

En 1789, lors de la Révolution, la toiture de la Tour des Templiers sera victime des attaques et arrasée.

Et le monument de la Tour des Templiers ainsi que sa Chapelle, incarne l’âme, le passé, le présent mais aussi le futur de la commune de Montricoux.


[1] Christine Kudlikowski : La commanderie templière de Vaour, mémoire de maîtrise sous la
direction d’Yves Bruand, Université Toulouse Le Mirail, 1981. Yoan Mattalia : Les Établissements des ordres religieux militaires aux xiie et xiiie siècles dans les diocèses de Cahors, Rodez et Albi. Approche archéologique et historique, thèse de doctorat dactylographiée, université Toulouse II-Le Mirail, 2013.

[2] Devals : p.32-33.